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@Photo Roger Schall, Printemps 1945, file d'attente devant un bureau de vote
HISTOIRE
ÇA S'EST PASSÉ
UN 21 AVRIL
PAR LA MEMBRE FRANÇAISE TIMIMIS
En 1944, les Françaises obtiennent, enfin, le droit de vote,
longtemps après les Néo-Zélandaises qui ont montré le chemin en
1893, suivies de près par les Finlandaises, en 1906, les
Norvégiennes en 1913, les Danoises et les Islandaises en 1915.
Bien sûr, c'est toujours mieux qu'en Suisse où le droit de vote n'a
été accordé aux femmes qu'en 1971, ou, plus proche de nous, en
Arabie saoudite où l'accord de 2011 ne sera effectif qu'en 2015.
Après de nombreux combats, celui d'Olympe de Gouges et sa
"Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" en pleine
Révolution, ceux des Suffragettes et de l'Alliance internationale
pour le suffrage des femmes fondée en 1904, après de multiples
tentatives pour revendiquer le droit de vote des femmes dès le
début du XXe siècle et dans les années 20 et 30, toutes ces
femmes qui n'ont pas hésité à se mettre en danger pour défendre
leurs idéaux, pour conquérir un nouveau statut civil, les femmes
sont sur le point d'obtenir gain de cause.
L'ordonnance du 21 avril 1944 permet, enfin, aux Françaises de
devenir "électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les
hommes". À Alger, le Gouvernement provisoire du général de
Gaulle s'engage à défendre le droit des femmes, et dès 1942, ce
même général s'exprime ainsi : "Une fois l’ennemi chassé du
territoire, tous les hommes et toutes les femmes de chez nous
éliront l’Assemblée nationale qui décidera (...) des destinées du
pays". Mais c'est bien à la conquête entreprise depuis des
décennies et à l'engagement des femmes dans la Résistance
durant la Seconde Guerre Mondiale, les Gilberte Brossolette et
toutes ces anonymes, courageuses à l'extrême, que les Françaises
doivent le droit de vote, le droit de devenir citoyennes à part
entière, patience et persévérance étant les leitmotivs de cette
longue lutte.
Il faudra cependant attendre les élections municipales des 25
avril et 13 mai 1945, premier scrutin après la Libération, pour que
les femmes puissent se rendre aux urnes pour la première fois de
l'Histoire de France. En ce jour de printemps ensoleillé, plus de
douze millions d’électrices sont ainsi autorisées à voter et la
participation des femmes est massive, presque comparable à celle IVe République, et aux 23 autres depuis la Ve République,
des hommes. À partir de ce jour, le droit de vote des femmes est présageant ainsi d'un semblant de parité au sein de l'univers
bien réel, effectif et effectué. politique français.
Le dimanche 21 octobre 1945, les Français des deux sexes sont "Il est grand temps d'allumer les étoiles" - Guillaume
appelés aux urnes pour se prononcer sur le référendum pour ou Apollinaire
contre une nouvelle constitution, couplé aux élections
législatives. Le soir même, l'idée de la Quatrième République voit Rien n'est jamais gagné ! L'obtention du droit de vote n'est
le jour, et la toute nouvelle Assemblée du Gouvernement pas similaire à l'égalité des droits, et dans ces années
provisoire est constituée. Parmi ses quelques 586 membres, 33 d'après guerre et jusqu'à aujourd'hui, quelle est la place de
femmes sont élues, prêtes à siéger pour la première fois en tant la femme dans la société française ?
que députées, et qui seront chargées de voter la nouvelle
constitution de la IVe République. N'oublions pas ces femmes, connues ou de l'ombre, qui ont
œuvré pour le statut social, civique et politique de leurs
En 1946, Madeleine Braun, résistante et députée communiste de consœurs, pour nous et les générations futures. Rendons
la Seine, est élue vice-présidente de l'Assemblée nationale, hommage aux Olympe de Gouges, Louise Michel, Louise
réélue à 4 reprises, la première femme à occuper ce poste. Elle Weiss, Simone de Beauvoir, Françoise Giroud, Gisèle Halimi,
ouvre la voie aux 4 autres femmes élues vice-présidentes sous la ou encore Nikki Saint Phalle.
N'oublions pas ni leurs noms, ni leurs combats.
TOLUNA MAGAZINE / AVRIL 2022

